Nouvelle-Zélande | 78,4 kilomètres sur la Heaphy Track

Dépassement de soi, déconnexion et immersion en pleine nature, voilà le programme de ce long week-end d’Octobre 2018 sur les chemins de la Heaphy Track. Située au Nord-Ouest de l’Île du Sud, non loin du sentier d’Abel Tasman, la Heaphy Track emmène les randonneurs au cœur du Kahurangi National Park, qui, avec ses 4 515 km2 de superficie, est le deuxième plus grand parc national de Nouvelle-Zélande après celui du Fiordland. Véritable paradis pour les naturalistes et amateurs de flore sauvage, le Kahurangi National Park abrite plus de la moitié des plantes endémiques de Nouvelle-Zélande et ses roches recèlent de nombreux fossiles. Le parc compte également 18 espèces d’oiseaux natifs de Nouvelle-Zélande et il n’est pas rare d’y croiser ou d’entendre les chants du Bellbird, du Tui, du South Island Robin ou du great spotted kiwi !
Autrefois emprunté par les Maoris qui partaient de Golden Bay pour se rendre sur la West Coast à la recherche de la pierre de jade ou Pounamu, le sentier de la Heaphy Track s’étend sur 78,4 kilomètres et compte parmi les 10 Great Walks de Nouvelle-Zélande, à savoir les 10 plus belles randonnées du pays.
Le pays du long nuage blanc est un régal pour les amoureux de nature offrant ainsi de superbes randonnées durant lesquelles les paysages spectaculaires s’enchaînent les uns après les autres et le sentier de randonnée de la Heaphy Track est certainement le trek plus contrasté du pays. Ici, le paysage change rapidement et chaque étape de la randonnée est complètement différente de la précédente comme de la suivante, permettant une immersion totale dans la nature néo-zélandaise très diversifiée.
De Brown Hut, point de départ, à Kohaihai qui marque le point d’arrivée, la plus longue des Great Walks de Nouvelle-Zélande faisable à pied traverse des forêts luxuriantes où les fougères et les mousses sont reines, serpente à travers les vastes étendues de plaines, grimpe sur les collines et les falaises escarpées, enjambe les rivières grâce à ses nombreux ponts suspendus et longe de superbes plages bordées de palmiers Nikau.
Retour sur ces 78,4 kilomètres qui resteront longtemps gravés dans ma mémoire.

Les étapes de cette randonnée sur la Heaphy Track:

  1. Brown Hut – Perry Saddle Hut
  2. Perry Saddle Hut – James Mackay Hut
  3. James Mackay Hut – Heaphy Hut
  4. Heaphy Hut – Kôhaihai
Brochure du DOC

Cette randonnée de 5 jours et 4 nuits sur le sentier de la Heaphy Track demande pas mal d’organisation au niveau logistique. Pour rejoindre Nelson depuis Wellington ainsi que pour le voyage retour, mes compagnons de rando et moi avons pris l’avion. Une fois à l’aéroport de Nelson, nous avons opté pour une navette qui nous a emmené directement à Brown Hut, point de départ de la Heaphy Track et qui ensuite, est revenue nous chercher à Kôhaihai 5 jours plus tard. Côté budget, il faut bien avouer que ce système de navette est assez onéreux (comptez 160 NZ$ environ par personne A/R) mais c’est de loin le meilleur moyen pour accéder à la Heaphy Track et en repartir.
Pour l’hébergement, il faut obligatoirement réserver un lit dans les différents refuges ou un emplacement pour sa tente AVANT de s’engager sur le sentier de randonnée. Vous pouvez le faire en ligne sur le site du DOC ou dans leurs bureaux. Sachez que les rangers du DOC contrôlent régulièrement les randonneurs. Petit conseil, réservez bien à l’avance car du fait de leur popularité, il n’est pas rare que les Huts des Great Walks les plus prisées affichent complet ! Comptez 34 NZ$ par nuit et par personne pour un lit dans les Huts qui jalonnent la Heaphy Track et environ 14 NZ$ par nuit et par personne pour un emplacement de tente. Pour info, la Heaphy Track ne fait pas partie des Great Walks impactées par l’augmentation des prix des Huts pour les visiteurs internationaux contrairement à Milford, Routeburn, Kepler et Abel Tasman (voir ici sur le site du DOC).
Pour ce qui est de la composition du sac à dos, il faut prendre sa nourriture pour les 5 jours de marche, ses couverts et sa petite popote pour faire cuire ses aliments ou chauffer l’eau pour le thé ou le café. C’est au final ce qui va peser le plus lourd dans le sac à dos mais impossible de faire autrement. Pour la nourriture, j’ai essayé de faire au plus léger et j’ai donc opté pour des sachets lyophilisés achetés dans un magasin spécialisé Outdoor à Wellington, des petites boîtes de thon, des crackers et des cacahouètes. J’avais également emporté des barres de céréales, des boules d’énergie protéinées, du thé et du café en dosette individuelle. Pas besoin d’emporter des provisions d’eau puisqu’on trouve de l’eau dans tous les refuges qui jalonnent le sentier (au pire prenez des pastilles de purification type Micropur).
En plus de la nourriture et des ustensiles de cuisine, j’avais également mon sac de couchage, un drap de soie, quelques vêtements de rechange, ma trousse de toilette, une petite trousse à pharmacie, une lampe frontale, une casquette, mes lunettes de soleil, un poncho de pluie, 2 gourdes, un rouleau de papier toilette, mon appareil photo avec 2 batteries et son chargeur.

Après un vol matinal sans encombre jusqu’à Nelson, puis 2h30 de route pour parcourir 156 kilomètres, la navette nous dépose à Brown Hut dans le milieu de l’après-midi. Située au bord de la rivière Brown, ce refuge sera le premier hébergement de cette randonnée sur la Heaphy Track. A l’intérieur, on trouve le strict minimum à savoir un évier, une cheminée, une grande table et 16 matelas. Cette unique grande pièce qui compose le refuge est spacieuse et agréable. A l’extérieur, il y a des toilettes mais pas de douche. Un peu rustique tout ça mais ça fait partie de l’aventure et le refuge est tout de même confortable ! A noter qu’ici il n’y a pas non plus de gazinière contrairement aux huts de Perry Saddle, James Mackay et Heaphy, donc si on veut manger chaud à Brown Hut, il faut amener son propre réchaud à gaz !
Brown Hut est entouré de nature avec en bruit de fond le chant des oiseaux et de la rivière qui coule en contrebas. Je profite des lumières de fin de journée pour faire quelques photos de fougère, l’un des emblèmes de la Nouvelle-Zélande !

BROWN HUT – PERRY SADDLE HUT

Après une bonne nuit de sommeil dans le refuge, voici venu le temps de partir pour la première étape de cette randonnée sur le sentier de la Heaphy Track ! Devant nous, 17,5 kilomètres, 800 mètres de dénivelé et 5 heures de marche avant d’atteindre le refuge de Perry Saddle. Cette première portion est intense car le sentier qui serpente dans la forêt ne fait que grimper, encore et encore. Le refuge de Perry Saddle se trouve de l’autre côté de la colline, à 880 mètres d’altitude et avant d’y arriver, il faut passer par Flanagan’s Corner, le plus haut point de la Heaphy Track qui culmine à 915m au dessus du niveau de la mer ! La vue sur les environs y est imprenable et spectaculaire.
Le poids du sac à dos se fait rapidement sentir et il pèse désormais lourdement sur les épaules et le dos. Après 4 heures de marche, une pause déjeuner au Aorere Shelter permet de souffler et de refaire le plein d’énergie. Une bonne heure plus tard, nous voici enfin devant Perry Saddle Hut ! Le refuge est en pleine nature et la vue sur les collines qui l’entourent est vraiment spectaculaire.

Construit en 2013, le refuge de Perry Saddle est très spacieux et peut accueillir 28 personnes dans des lits superposés répartis dans plusieurs chambres. Il y a une immense cuisine très conviviale avec des gazinières et des éviers, de grandes tables pour y prendre son repas et des baies vitrées qui donnent sur les collines.
Pour ceux qui n’auraient pas fait assez de kilomètres et qui en redemande, le Mount Perry est à seulement quelques minutes du refuge. Du haut de ses 1238 mètres, son sommet réserve une vue incroyable sur toute la région. Et sinon pour les autres, juste en contrebas du refuge, il y a le spa naturel ! La rivière Gorge Creek et ses piscines naturelles n’attendent que les courageux qui veulent se rafraîchir après une journée de marche. Pour y avoir trempé les pieds, je peux vous assurer que l’eau est GLACIALE !

PERRY SADDLE HUT – JAMES MACKAY HUT

Deuxième journée sur la Heaphy Track. Après un petit-déjeuner composé de porridge et d’un bon café, nous voici en route pour parcourir les 24,2 kilomètres qui nous séparent du refuge de James Mackay. Terminée l’interminable montée de la veille sous les arbres puisque nous commençons la marche entourés de lande et de vastes plaines parsemées de touffes herbeuses communément appelées Tussock ici en Nouvelle-Zélande.
Nous passons devant le célèbre Boot Pole Corner, un poteau sur lequel s’accumulent de vieilles chaussures de randonnée accrochées par des randonneurs soucieux de laisser une trace artistique de leur passage sur la Heaphy track. J’y laisserai bien la paire de Merrell que j’ai aux pieds et qui me font un mal de chien mais je me vois mal terminer le trek en chaussettes sachant qu’on n’a même pas fait la moitié…
Petite pause bien méritée au refuge de Saxon où nous déjeunons. Au menu ce midi, une boîte de thon et des crackers avec une barre de céréales et des fruits secs en dessert. On refait le plein d’eau aussi. J’en profite également pour m’attaquer aux ampoules qui me lacèrent les pieds depuis le début de la marche et le duo pansement Compeed + Paracétamol devient mon meilleur ami. Lorsque je marche, la douleur est intense et elle s’intensifie d’heure en heure avec les frottements peau/chaussette/chaussure…

Là encore en cette deuxième journée, les paysages changent en un clin d’oeil. A peine les grandes plaines de Tussock dépassées, voilà que nous entrons dans les sous bois également appelés Enchanted Forest où nous sommes entourés de tapis de mousses, de fougères et de cascades. Lors d’une pause sous les arbres, rencontre avec un petit Robin curieux qui vient voir si nous n’avons pas un petit quelque chose à lui donner !

Après les sous bois, les marécages. La météo change, l’atmosphère aussi et le brouillard s’invite dans ce paysage de carte postale. Le ruissellement de l’eau est omniprésent. Les ruisseaux coulent partout autour du chemin créant un panorama unique que je n’avais encore jamais vu en Nouvelle-Zélande. Ces paysages, ce sont ceux qui me marqueront le plus au cours de ce trek. Clairement, c’est durant cette deuxième journée que je mesure toute la diversité des paysages du Heaphy Track.
Nous atteignons le refuge de James Mackay en fin de journée. Le brouillard toujours persistant nous empêche d’admirer la vue sur la mer de Tasman et l’embouchure de la Heaphy River. Dommage, ce sera pour une prochaine fois !
Le refuge de James Mackay peut accueillir 28 personnes dans des lits superposés avec matelas. Ouvert en 2014, il dispose d’un chauffage au bois, d’un grand espace de vie avec de grandes tables et d’une cuisine spacieuse équipée de gazinières. Comme à Perry Saddle ou à Brown Hut, vous avez là encore la possibilité de réserver un emplacement pour votre tente.
De mon côté ce sera douche improvisée à côté des toilettes, en pleine nature et dans le froid, et repas chaud pour reprendre des forces. En prévision de la journée de demain et pour limiter la douleur, j’essaie aussi de soigner tant bien que mal mes ampoules qui ont toutes éclaté…

JAMES MACKAY HUT – HEAPHY HUT

Réveil douloureux et je comprend vite pourquoi. J’ai la peau à vif à plusieurs endroits sur mes pieds, mes 2 petits orteils étant les plus touchés… Bref… La journée risque d’être longue… et surtout très douloureuse.
Au programme de cette nouvelle journée de trek, 20,5 kilomètres de descente (aïe aïe aïe), du plat et un peu de grimpette. Cette troisième étape commence dans une forêt typique de la West Coast et toute la descente se fait sous les arbres. Quelques trouées dans les arbres par-ci par-là permettent tout de même d’admirer la rivière Heaphy qui coule en contrebas.
Un peu avant d’atteindre le refuge de Lewis Hut, les paysages changent et les premiers palmiers Nikau apparaissent enfin. Juste après le refuge, le chemin ombragé s’ouvre sur les rivières Heaphy et Lewis. Pour les traverser, il faut emprunter des ponts suspendus dont le plus long pont suspendu jamais construit par le DOC en Nouvelle-Zélande. Avec ses 148,4 mètres, le pont suspendu qui permet de traverser la rivière Heaphy est vraiment impressionnant ! L’édifice est superbe et le traverser procure de bonnes sensations.

Nos pas nous mènent à nouveau dans la forêt et nous côtoyions des kahikateas, des rimus et des ratas à côté desquels nous nous sentons vraiment ridicules face à leurs troncs gigantesques. Lianes, fougères et feuilles géantes accentuent encore un peu plus cette impression d’avoir pénétré dans le monde de Jurassic Park. Le champ des vagues se fait de plus en plus entendre à mesure que nous nous rapprochons de la Mer de Tasman.

Finalement, après environ 5 heures de marche, nous atteignons le refuge Heaphy Hut en milieu d’après-midi. L’endroit est absolument magnifique. Le refuge offre une vue imprenable sur l’embouchure de la rivière Heaphy et est entouré par une forêt luxuriante. Il y a des palmiers nikau tout autour de la hut et des wekas sur le qui-vive, toujours prêtes à chaparder le moindre objet qui pourrait se trouver à leur portée (il y en a une qui m’a piqué mon paquet de mouchoirs !). Il y a aussi des panneaux qui indiquent la présence de l’insaisissable kiwi… que nous ne verrons pas…
Le cadre a tout pour plaire et serait idyllique s’il n’y avait pas ces satanées sandflies qui attaquent le moindre millimètre carré de peau non couvert… Une vraie galère lorsqu’on souhaite sortir dehors pour photographier le coucher du soleil, surtout quand on a pas de gants pour se protéger les mains et les doigts ! Et je ne vous raconte même pas la galère lorsqu’il s’agit d’aller faire un brin de toilette derrière le refuge, en maillot de bain…
Le refuge Heaphy Hut dispose de 4 chambres de 8 lits superposés, d’un poêle à bois pour se chauffer, d’une cuisine équipée de gazinières et d’éviers. Les toilettes sont à l’extérieur et comme dans les autres huts de la track, il n’y a pas de douche (un tuyau d’eau traînait à l’arrière de la hut). Les belles et grandes fenêtres de la salle commune permettent d’admirer la vue sur la Mer de Tasman et l’embouchure de la rivière Heaphy sans risquer de se faire dévorer par les sandflies.

HEAPHY HUT – KÔHAIHAI

Dernière journée de marche sur la Heaphy Track, derniers kilomètres à parcourir. Dernière fois aussi que je chausse ces chaussures qui me font si mal. Les enfiler une fois de plus me procure une douleur à la limite du supportable. Je n’ose plus retirer les pansements/compeed, j’ai trop peur de voir l’étendue des dégâts… Je réserve ça pour plus tard. Le paracétamol ne fait plus aucun effet, je vais serrer les dents très très fort pendant les 16,2 kilomètres me séparant de l’arrivée.
Nous commençons cette dernière étape entourés par les palmiers Nikau et nous nous rapprochons rapidement du bord de la West Coast. Le chemin longe la plage et nous marchons en écoutant le bruit des vagues qui sont déchaînées et le chant des oiseaux.
Nous devons parfois enjamber des éboulements, traverser des cours d’eau et passer des cascades qui dévalent les falaises. De nombreux panneaux indiquent la possibilité de chutes de pierres et préviennent de la dangerosité des vagues, surtout à marée haute. Malgré la beauté des paysages, cette partie de la Heaphy Track peu s’avérer assez dangereuse, surtout si la météo ou les marées s’en mêlent.
D’ailleurs, pour la zone située aux alentours de Koura (Crayfish) Point, le DOC recommande fortement de s’informer sur les horaires des marées afin d’éviter de s’y retrouver bloqué par les vagues.

Juste avant d’arriver à Kohaihai, une dernière grimpette pour aller admirer la vue depuis Scotts Hill Lookout. Sous nos yeux, les plages de la West Coast et notamment celle de Scotts Beach, la Mer de Tasman et les montagnes verdoyantes que nous venons de traverser.
Une fois à Kohaihai, nous n’avons pas longtemps à attendre avant que notre minibus ne vienne à notre rencontre, marquant la fin de cette aventure.

Marcher 78,4 kilomètres sur le sentier de la Heaphy Track fut une sacrée expérience pour la novice en randonnée que je suis et un vrai défi. Avant ça, je n’avais jamais marché autant et encore moins aussi longtemps. J’avais bien fait le Tongariro Alpine Crossing quelques mois auparavant, une autre des 10 Great Walks de Nouvelle-Zélande, mais avec 19,4 kilomètres à parcourir en une seule et même journée, on est vraiment très loin des 78,4 kilomètres de marche en 4 jours. L’intensité de la marche, le poids du sac à dos et de l’appareil photo, les dénivelés et ces satanées ampoules ont représenté un sacré défi qu’il fallait que je relève tous les jours pendant 4 jours si je voulais aller au bout. Je n’aurai d’ailleurs sans doute jamais pu aller au bout de cette aventure sans mes compagnons de marche qui n’ont jamais cessé de m’encourager et de me soutenir. F, M et S, merci beaucoup.
Au final, le pari est réussi et je suis aujourd’hui très fière d’avoir terminé la Heaphy Track !

La Heaphy Track en quelques chiffres:

  • 78,4 kilomètres de marche
  • 1019 photos
  • 6 boîtes de thon
  • 2 paquets de crackers
  • 3 dîners et 3 petits-déjeuners lyophilisés
  • 4 nuits en refuge
  • 0 coup de soleil
  • 8 ampoules sur les pieds
  • 2 ongles de doigts de pieds en moins (ils ont vite repoussés mais ouch ça fait mal !)
  • 0 kiwi bird 🙁
  • 1 paquet de mouchoirs chapardé par un weka
  • des milliers de sandflies (et les dizaines de piqûres qui vont avec)

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