Myanmar – Une journée à la rencontre de l’ethnie Akha

Deuxième journée à explorer les environs de Kengtung et après notre rencontre avec l’ethnie Ann, nous repartons dans les hauteurs du Triangle d’Or faire la connaissance de l’ethnie Akha. Comme la veille, nous achetons quelques médicaments, chaussettes, biscuits, savons et shampoings au marché avant de partir sur la route du village de Hokyin. A peine sortis de Kengtung, nous devons nous arrêter à un check point. La voiture à l’arrêt sur la route, Tun, notre guide, prend nos passeports et file dans la petite guérite. Tous les allers-retours des touristes sont très contrôlés dans cette zone et jusqu’à très récemment il fallait obtenir une autorisation pour se rendre à Kengtung. Aujourd’hui encore, pour des raisons de sécurité, les touristes ne sont pas autorisés à emprunter la route qui relie Kengtung à Mandalay. De notre côté, pas de problème puisque Tun remonte dans la voiture avec nos passeports et nous reprenons la route. En chemin, nous nous arrêtons visiter une coopérative de petits producteurs d’alcool de riz. Ici, plusieurs familles se partagent un grand espace et produisent de l’alcool qu’ils exportent ensuite vers la Chine voisine.

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Cette coopérative permet à quelques familles du village de gagner de l’argent en revendant leurs productions aux chinois qui en raffolent. En y ajoutant du gingembre, des fruits, du ginseng ou des plantes médicinales, l’alcool de riz aurait des propriétés thérapeutiques. La visite terminée, nous partons enfin sur les chemins qui nous mèneront aux villages de l’ethnie Akha. Il y a encore de la boue par endroit, les pluies des jours précédents ont laissé des traces. Les plantations de thé et leurs petits arbustes bien taillés et bien verts contrastent avec le ciel d’un bleu éclatant et la terre très rouge. Ce n’est pas la bonne saison pour la récolte du thé, nous n’aurons donc pas la chance de rencontrer les cueilleuses de thé. Nous passons devant une petite école. Depuis le chemin, on entend les enfants qui récitent bien sagement leur leçon. La maîtresse leur pose une question et ils récitent tous en choeur, bien fort, la réponse. Cette petite musique, très répétitive, nous accompagne encore quelques minutes dans notre randonnée. Dans les hauteurs, près des villages Akhas, la température baisse un peu et l’air se rafraîchit. Des pins majestueux s’étirent tout le long du chemin et nous marchons sur un petit tapis d’aiguilles et quelques pommes de pins.
Avant d’arriver dans les villages, Tun en profite pour nous en dire un peu plus sur l’ethnie Akha. Venus d’Asie Centrale, les Akhas vivent aujourd’hui dans les régions montagneuses d’Asie, au Laos, en Chine, au Vietnam, en Inde, au Népal, au Bouthan, en Thaïlande et au Myanmar. Ici, à Hokyin, ce ne sont pas moins de 4 villages Akhas qui se suivent les uns les autres et les habitants y vivent en paix, qu’ils soient chrétiens, bouddhistes ou animistes. Par superstition, à l’entrée de chaque village animiste, les Akhas installent une porte qui, symboliquement, sépare le village, les habitants et les esprits des autres esprits du monde extérieur qui pourraient être mauvais. Les Akhas parlent leur propre dialecte et peu nombreux sont ceux qui parlent le birman. Heureusement pour nous, Tun, parle quelques mots de ce dialecte Akha, ce qui facilitera grandement les choses pour nous.

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A notre arrivée dans le premier village Akha, nous sommes accueillis par une maman qui donne le bain à son enfant qui barbote dans une petite bassine en aluminium. Elle nous invite à aller dans la maison juste à côté de la sienne et nous y rejoindra dès le bain terminé. Nous pénétrons dans ce qui ressemble à la petite épicerie du village. Une étagère, brinquebalante, avec des biscuits, des boissons et des cigarettes, trône au fond de la grande pièce mal éclairée. La maîtresse de maison, une pétillante grand-mère de 80 ans, voûtée, à qui il ne reste plus beaucoup de dents, nous invite à nous asseoir et nous propose du thé, des bananes et des cacahuètes. Vous ne verrez aucune photo de cette petite mamie si sympathique pour la simple et bonne raison qu’elle refuse les photos… D’après elle, elle n’est pas assez belle pour poser pour nous…
Sur le sol de terre battue, au milieu de la pièce, un tapis tressé est recouvert d’artisanat Akha. Il y a des colliers de graines, des sacs et des petites pochettes, des guêtres et des jambières, des ceintures, des vêtements et des pièces de tissus Akhas, le tout entièrement tissé et brodé à la main par des femmes des villages. Notre petite mamie tire quelques revenus de la vente de ces quelques pièces traditionnelles aux voyageurs de passage ou aux femmes Akhas qui souhaiteraient acquérir de nouvelles pièces pour leurs tenues et qui viennent s’approvisionner ici.
Attablés bien à l’abri des rayons du soleil et de la chaleur, nous profitons du déjeuner pour discuter avec ce petit bout de femme. Elle porte l’habit traditionnel de couleur indigo mais elle nous avoue avoir délaissé la coiffe traditionnelle Akha, beaucoup trop lourde pour elle à présent. Pendant la conversation, elle nous invite à goûter au riz gluant. Posé sur une feuille bien verte, le riz est agrémenté d’une poudre bien trop épicée pour moi. C’est bon mais ça pique, je passe donc mon tour et laisse le plat aux filles et à Tun. Nous lui proposons de partager nos morceaux de poulet, elle refuse. Nous insistons, elle refuse encore. Nous insistons encore, elle finit par accepter.
Pendant que nous discutons, un petit groupe de femmes Akhas entre dans la grande pièce et s’installe à l’ombre. Parmi elles, une femme porte l’habit bleu indigo et la coiffe traditionnelle Akha. Son bébé, porté en écharpe, dort paisiblement dans son dos. Avec ces colliers de perles blanches, ces grosses billes d’argent et ces énormes piastres indochinoises composées chacune de 27g d’argent, la coiffe de cette femme au bébé est très impressionnante. Je n’ai aucune idée du poids de cette coiffe mais elle me paraît tout de même très lourde. Une autre femme porte, en plus de l’habit indigo, un immense plastron en métal argenté autour du cou. Après notre déjeuner, nous allons à leur rencontre et toutes deux acceptent de poser pour nous.

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Après avoir remercié notre petite mamie Akha, nous reprenons notre route. Dans les différents villages Akha, nous croisons beaucoup de femmes et d’enfants. Certaines reviennent des forêts aux alentours des villages et rapportent, dans un grand panier bien attaché dans le dos, des morceaux de bois. Une autre s’est installée un petit atelier sur le chemin et répare sa coiffe traditionnelle. Les hommes eux, sont pour la plupart en dehors des villages et passent leur journée à travailler dans les champs ou sur les chantiers de construction, à chasser ou à veiller sur les troupeaux. Les enfants, quant à eux, s’amusent avec une chambre à air, des bâtons et un cerceau de bois et rient.
Curieuses, beaucoup de femmes accompagnées de leurs enfants viennent à notre rencontre et questionnent Tun sur notre présence dans les villages. Les Akhas sont pourtant habitués à voir des voyageurs, les villages étant facilement accessibles par tous, mais ils sont peu habitués à croiser 3 filles voyageant seules avec leur guide. Rares sont celles et ceux qui nous refusent un portrait. Au fur et à mesure de nos rencontres, nos stocks de médicaments, pansements, biscuits, chaussettes, savons et shampoings diminuent à vue d’oeil et c’est tant mieux.

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Sur le chemin de terre rouge qui relie les villages entre eux, le vent soulève de la poussière qui pique les yeux. Nous avons de la chance, après la vague de froid et de pluie, il y a un beau soleil et un ciel bleu sans nuage au dessus de nos têtes. Les habitants des villages en ont profité pour faire des lessives et le linge mouillé, étendu sur des bâches, sur des réserves de bois, sur les toits en tôle ou accroché sur des fils ou sur des palissades, sèche lentement au soleil.
Comme dans le village Ann, les maisons sont toutes construites en bois. Parfois les toits sont en tôle et réfléchissent les rayons du soleil, parfois ils sont en feuillages tressés et ne doivent pas vraiment protéger de la pluie. Souvent, accolés aux maisons, il y a des petits enclos fermés par des clôtures en bois. La plupart du temps ils sont vides mais parfois on y aperçoit des petits cochons ou des chiens.
En marchant, il faut slalomer entre les cochons et leurs petits qui courent absolument partout, entre les chiens et les chiots qui jouent à se courir après ou à embêter les cochons et entre les poules, coqs et poussins qui zigzaguent ! Et attention aux buffles, surtout lorsqu’il s’agit de femelles qui n’apprécient pas vraiment qu’on s’approche d’un peu trop près de leur progéniture…

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La lumière commence doucement à décliner et nous rappelle qu’il est temps pour nous de commencer la descente afin de rejoindre notre chauffeur U Paolu et la voiture. Le chemin du retour réserve de belles surprises. Les paysages sont sublimes, la vue panoramique sur la vallée du Triangle d’Or est grandiose et cette lumière dorée de fin de journée ne fait qu’accentuer la beauté de cette carte postale. Des petits nuages en forme de moutons blancs donnent du relief à ce ciel bleu et contrastent avec ce chemin de terre rouge sur lequel nous marchons et qui serpente à travers cette végétation bien verte.
Nous passons à côté de rizières en terrasses, de champs aux cultures bien alignées, de forêt de bambous et dans ma tête, je me refais le film de cette journée qui vient de s’écouler… Ces sourires, ces visages si bienveillants, ces belles rencontres et ces paysages grandioses, j’ai déjà hâte d’être à demain et de découvrir encore un peu plus les trésors que me réservent ces montagnes du Triangle d’Or…

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