Myanmar – Hsipaw, la petite capitale Shan

Hsipaw, petite capitale de l’Etat Shan, également appelée Thibaw (prononcez Si-po ou Ti-bo), est située à environ 6h30 de bus de Mandalay. Deuxième ethnie du pays après les ‘Bamar’, également surnommés les birmans, les Shan possèdent leur propre langue, leur propre écriture mais aussi leur propre culture dont ils sont extrêmement fiers. Un voyage à Hsipaw, c’est donc l’occasion de découvrir ce peuple qui vit aussi en Thaïlande, au Laos, en Chine et en Inde.
Le voyage n’est pas de tout repos, assez stressant car la route qui relie Mandalay à Hsipaw passe par les montagnes et c’est donc une succession de virages en épingles, de ravins, de côtes et de descentes très raides… Heureusement, mon barbu baroudeur et moi passons tout le voyage à discuter avec nos voisins de devant, Fanny et Matthieu, un couple de français très sympathiques qui voyage en Asie depuis plusieurs mois déjà, ce qui nous évite de trop regarder par la fenêtre 😉
Hsipaw, c’est une petite ville rurale encore authentique, assez poussiéreuse mais tranquille dans laquelle il fait bon prendre son temps et s’y attarder quelques jours. Elle réserve aussi de belles découvertes. Après de bonnes journées bien remplies à crapahuter dans les environs de Mandalay, ça fait du bien de retrouver un peu de calme et de verdure. Lovée au coeur des montagnes de l’Etat Shan dans le nord est du Myanmar, Hsipaw est très prisée par les voyageurs qui partent d’ici randonner vers les villages shan environnants durant plusieurs jours. Pas de trek de prévu en ce qui nous concerne, nous allons plutôt profiter de ces quelques jours ici pour découvrir la ville et ses alentours à pied.

 

LES MARCHÉS

  • Le marché à la bougie

Je suis une inconditionnelle des marchés. Je pourrais y passer des heures et des heures. Pour moi, c’est ici, dans les marchés, qu’on ressent le mieux l’âme d’une ville. Les marchés permettent d’aller à la rencontre des habitants et de mieux connaître la culture d’un peuple. C’est aussi un moyen de s’immerger quelques instants dans la vie locale et d’essayer d’en décrypter les codes. Nous connaissions les marchés de nuit et les marchés de jour mais nous n’avions encore jamais été dans un marché qui commençait à 4h du matin ! Le réveil est difficile, ça pique, mais la visite en vaut la peine. Il fait encore nuit, la ville est encore endormie mais ici, entre les étals de ce petit marché, c’est déjà l’effervescence. Ce marché à la bougie, c’est le rendez-vous des petits commerçants et des habitants qui viennent y faire le plein de légumes, fruits, épices et viandes pour aller ensuite les revendre dans les villages aux alentours, dans leurs commerces ou bien accrochés sur leurs motos. Certains stands sont encore éclairés à la bougie ce qui créé une ambiance particulière et donne énormément de charme aux étals mais il faut bien être honnête, la plupart des commerçants s’éclairent à la lampe halogène. Pour nous remettre de ce réveil aux aurores et réchauffer les corps encore un peu endormis, Fanny, Matthieu, mon barbu et moi savourons un thé au lait bien chaud et bien sucré dans un petit café situé non loin des étals.

 

  • Le marché central

Après le marché à la bougie, nous voici dans les allées du marché central de Hsipaw. On trouve de tout ici, des souvenirs aux épices et aux fleurs, en passant par les produits d’hygiène aux médicaments et à la nourriture, fruits, légumes et viandes. Pour la petite anecdote, quelque part dans ce marché, au détour d’une allée, nous sommes tombés nez à nez avec un énorme obus suspendu comme un trophée à l’entrée d’un petit magasin ! Je ne sais pas s’il y est toujours mais quoiqu’il en soit c’est très impressionnant à voir, surtout lorsqu’on ne s’y attend pas !

LE PALAIS ROYAL DE HSIPAW

Avec son style architectural anglais, cette belle demeure est en fait l’ancien Palais Royal de Hsipaw. Nous y avons été accueilli très chaleureusement par Fern, l’épouse d’un neveu du dernier Prince de Hsipaw. Bien installés autour d’une table, dans une pièce remplie de photographies du Prince et de la Princesse, Fern nous raconta l’histoire de sa famille. Jusqu’en 1962, le dernier Prince de Hsipaw, Sao Kya Seng, vivait dans ce palais avec sa femme, Inge Eberhard, une autrichienne qu’il avait rencontré pendant ses études aux Etats-Unis. De retour au pays et en terre Shan, tous les deux souhaitaient venir en aide à la population Shan en les aidant à développer l’agriculture grâce, notamment, à des tracteurs en libre service. Le Prince avait aussi décidé de donner aux agriculteurs et aux paysans toutes ces terres qu’ils s’acharnaient à cultiver depuis des années et des années. Sous son autorité, nombreux furent les fonctionnaires corrompus à être renvoyés. Ambitieux, visionnaire, la tête pleine d’idées démocratiques, le Prince souhaitait également conserver cette semi-indépendance de gouvernance de sa région âprement négociée et acquise au moment de la colonisation britannique. Mais le coup d’Etat du Général Ne Win en mars 1962 changea la donne. Avec sa vision trop démocratique, le Prince Shan devenait un élément gênant pour le pouvoir militaire en place qui voulait profiter des très nombreuses richesses naturelles de l’Etat Shan. Alors que le Prince était en déplacement à Taunggyi, il fût arrêté par des soldats en uniformes. Ce fût la toute dernière fois qu’on le vit vivant… La Princesse entreprit des recherches mais en vain. Deux ans après la disparition de son mari, elle retourna en Autriche avec ses deux petites filles. Fern nous confie que l’Etat n’a jamais admit avoir arrêté le Prince et n’a jamais reconnu sa mort…
Le Palais Royal de Hsipaw, une visite incontournable pour tous les voyageurs de passage dans la petite capitale Shan. Fern est adorable, très patiente, et c’est avec beaucoup d’attention qu’on l’écoute parler de ce Palais et de l’histoire tragique du dernier Prince de Hsipaw.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus, je vous conseille de lire le livre de la princesse Inge, Twilight over Burma: My life as a Shan Princess. De ce livre est né un film, Twilight over Burma, produit en 2015. Censuré par le Myanmar, le film n’a jamais obtenu les droits pour être projeté dans les cinémas birmans ni même lors du Human Rights Human Dignity International Film Festival de Yangon, festival pourtant soutenu par le Prix Nobel de la Paix Daw Aung San Suu Kyi…

 

LES FEUILLES DE THÉ

A peine arrivés devant l’entrepôt où s’entasse de nombreux tas de feuilles vertes bien humides, nous rencontrons la fille du patron. En vacances à Hsipaw, la jeune fille étudie et vit le reste de l’année aux Etats-Unis, d’où son anglais parfait, plus parfait encore que le mien d’ailleurs ! Elle nous fait visiter la petite entreprise familiale et nous en apprend un peu plus sur toutes ces feuilles de thé qui nous entourent. Nous sommes dans l’Etat Shan et cette région est connue et réputé dans toute la Birmanie pour la qualité de ses feuilles de thé, véritable or vert de cette région. Ici, les feuilles de thé récoltées sur les collines environnantes arrivent par camions entiers et sont ensuite triées, lavées et emballées dans de grands sacs qui partent aux quatre coins du pays. Les birmans les consomment de deux manières, la première étant celle que tout le monde connaît, infusées dans l’eau chaude. La deuxième manière est plus originale puisqu’ils les consomment en salade ! Les feuilles de thé fermentées sont alors accompagnées de cacahuètes, de fèves et d’ail frits, de sésame et de crevettes sèches, un vrai délice je vous assure. Pour la préparer, les birmans ne sélectionnent que les meilleures feuilles de thé, celles de moins bonne qualité étant réservées pour le thé à infuser dans l’eau chaude. La Birmanie est le seul pays au monde où l’on consomme les feuilles de thé de cette manière ! Appelée Lahpet thoke  (lah-pay toe), les birmans se régalent de cette salade au moment du dessert pour terminer le repas et lors des cérémonies.

 

LES NOUILLES SHAN

Les spécialités Shan sont sans doute celles que j’apprécie le plus lorsque je voyage en Birmanie. Composés de légumes, de soupes de nouilles, de riz, la cuisine Shan est variée et colorée. Lors de notre balade à la découverte de Hsipaw, nous sommes partis à la recherche d’une petite fabrique de nouilles shan et nous sommes tombés sur ces kilomètres de nouilles de riz qui séchaient tranquillement au soleil. Impossible pour nous d’en voir et d’en savoir plus sur le processus de fabrication, les portes de l’atelier étaient fermées…

 

FLÂNERIES CAMPAGNARDES

Sans avoir besoin de partir en trek pendant 3 jours, il est possible de découvrir les alentours de la petite capitale Shan le temps de quelques petites heures et sans aucune difficulté. En s’éloignant des ‘grands axes’, on emprunte alors les petits chemins de terre battue qui nous conduisent dans les vertes campagnes et on découvre un peu plus la vie quotidienne des locaux. Pour mieux nous repérer, nous avions demandé une carte (dessinée à la main) à la réception de notre guesthouse. Ce jour-là, nous nous sommes levés très tôt pour pouvoir profiter des dernières heures de fraîcheur avant que le soleil ne tape trop fort et que la chaleur ne nous écrase. Pas le temps ni l’envie de savourer un petit déjeuner à la birmane ni même un café, ce sera pour plus tard. Notre balade commence dans les pas de petits novices qui passent de maison en maison pour recevoir les aumônes en échange de leurs bénédictions. Nous croisons quelques enfants qui nous regardent parfois avec insistance, parfois avec de la méfiance mais très souvent avec beaucoup de curiosité. Les petits villages s’enchaînent tranquillement à la vitesse de nos pas. Au centre de la plupart d’entre eux, dans leurs autels, bien entourés de barrières protectrices, de fleurs et le plus souvent extrêmement bien entretenus, nous découvrons avec beaucoup de curiosité ces poteaux de bois qui représentent des phallus et qui, selon la croyance Shan, rendraient les terres agricoles plus fertiles. Nous croisons également beaucoup de buffles avec leurs cornes impressionnantes. Pendant ce temps, dans les champs, les paysans s’activent à travailler leurs terres depuis déjà sûrement de longues heures. Finalement, après deux heures trente de balade à travers la campagne shan, nous rejoignons notre guesthouse et savourons notre petit-déjeuner.

 

LITTLE BAGAN ET LES MONASTÈRES

Tout près de l’ancien Palais Royal, Little Bagan, avec ces stupas envahis par la végétation, le coeur historique de la petite ville de Hsipaw. Avec cette petite dizaine de stupas en briques dont certains sont en piteux état, on est bien loin de la véritable plaine de Bagan avec ces 2000 temples, monastères et pagodes mais ce petit modèle réduit de Bagan est tout de même charmant et très photogénique. Malgré l’état de dégradation de certains stupas, Little Bagan est un lieu encore très fréquenté par les habitants des alentours qui viennent y prier et y faire des offrandes.
Non loin de Little Bagan, ne manquez pas le Monastère Madahya et le Monastère du Bouddha de bambou, qui, comme son nom l’indique, abrite en son coeur une statue de Bouddha en bambou entièrement recouverte de feuilles d’or. Ces deux monastères en bois de teck sont des lieux calmes où il fait bon s’y attarder quelques instants et observer les petits novices vaquer à leurs occupations et s’occuper de leurs tâches quotidiennes.
Pour éviter le coup de chaud sous ce soleil de plomb et avec cette chaleur, nous nous arrêtons chez Mrs. Popcorn’s Garden et savourons de délicieux jus de fruits frais. Le jardin de cette petite gargotte est magnifique et je conseille cette chouette adresse aux gourmands de passage à Hsipaw qui ne seront absolument pas déçus de leurs assiettes !

 

PETIT CARNET D’ADRESSES

 

OÙ DORMIR ?

  Lily The Home

Un bel hôtel, très récent et moderne et dont les chambres sont impeccables et très agréables. Pour les petits budgets, sachez que les chambres avec salles de bain partagées sont moins chères que les autres. Le petit-déjeuner, très copieux et compris dans le tarif de la chambre, est pris au sommet de l’immeuble et la vue sur toute la ville et ses environs y est imprenable.

TARIFS
À partir de 16€ la nuit, petit-déjeuner compris.

Lily The Home
No.108, Aung Tha pye Streeet (voir la carte)
Hsipaw

POUR LES GOURMANDS

Mrs. Popcorn’s Garden

En plus des délicieux jus de fruits frais proposés à 1000 kyats, Mrs. Popcorn’s Garden propose également des salades, curry et autres petits plats cuisinés qui raviront les papilles des gourmands. Comptez environ 3000 kyats pour un curry avec du riz et 1500 kyats pour un plat végétarien.

Mrs. Popcorn’s Garden
Juste à côté de Little Bagan (voir la carte)
Hsipaw

 

 Yuan Yaun – Mr. Shake

Pour 1000 kyats aussi vous y dégusterez de délicieux jus de fruits frais. Les recettes des jus sont originales et les fruits sont de saison. Les plus gourmands pourront, pour quelques kyats supplémentaires, rajouter une dose de Mandalay Rhum dans leur boisson !

Yuan Yuan – Mr. Shake
Mine Pun Road (voir la carte)
Proche du terrain de football
Hsipaw

6 Réponses à “Myanmar – Hsipaw, la petite capitale Shan

  • Kikou, tes photos sont un vrai ravissement et un total dépaysement. J’ai eu un faible pour les nouilles et Little Bagan et les monastères.

  • Oh là là, mon rêve!
    J’ignorais l’existence de ces marchés à la bougie, c’est fabuleux!

  • Tes photos sont incroyables, particulièrement celle avec les jeunes bonzes qui m’émeut ! Ce séjour a l’air tellement rafraîchissant. Ce que j’aime dans ces régions c’est qu’on revient au choses simples et finalement on reprend le temps d’apprécier la vie telle qu’elle est, ni plus ni moins.

  • Hsipaw, voilà qui rappelle de très bons souvenirs. J’avais bien aimé cette petite ville paisible, un peu en dehors du circuit touristique « classique » que pas mal de mon suivait en 2000. Contrairement à Mandaly ou Bagan, on n’y croisait alors que très peu de touristes à Hsipaw. Ton récit et tes photos me ravivent un peu la mémoire, car j’avoue ne plus trop me souvenir de ce que j’y avais fait. Par contre, je me rappelle d’une rencontre géniale, un personnage assez dingue qui se faisait appeler Mr Book. Il vendait des livres au marché de Hsipaw et nous avait invité, avec les 2 amis qui m’accompagnaient, à dîner chez lui. C’était un personnage vraiment génial. Tu n’aurais pas croisé sa boutique par hasard ? Il ne doit plus être tout jeune maintenant.

  • Et voila, à la lecture de cet article ce matin, je suis en déprime totale depuis mon très modeste placard parisien… merci !!! 🙂

  • Captivant ! On dirait que c’est très préservé, pas très connu des touristes et que vous en avez bien profité 🙂 Tes photos rendent aussi très bien les atmosphères que tu décris 🙂

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